lundi 4 août 2014

Carlos Castaneda




Dans les années 70, un météore a traversé le ciel, visible de toute la terre. Il se fait appeler Carlos Castaneda. En plongeant au coeur du chamanisme yaqui, le jeune anthropologue américain va ouvrir la tête à toute une génération. Avec lui débute le New Age.

La légende Castaneda

Anthropologue, écrivain et chercheur de vérité,Carlos Castaneda entre en 1960 à l'université de Californie (UCLA). Il est alors âgé de 29 ans. Fait troublant : pas trace de lui dans les archives de l'université. Etait-il inscrit ailleurs ? Avait-il  un pseudonyme, comme les personnages de ses livres ? Ou bien Castaneda était-il un mythomane ? Le mystère dont il s'est entouré au début de sa vie peut accréditer cette hypothèse.  Paradoxalement, quand il a commencé sa "vie publique", il a perdu beaucoup de son crédit international.

Des mauvaises langues ont alors sussuré qu'il avait tout inventé. Mythomane ou pas, il nous présente le nagualisme dans une version cohérente, toujours accessible ;  au fil de ses Histoires de pouvoir il développe une philosophie de l'action exigeante, qui s'articule à merveille sur une théorie de la connaissance puissante et inédite. Et qui se paye le luxe rare d'être pertinente : elle rend compte de bien des anomalies de nos perceptions et de nos représentations, et mériterait, à ce seul titre, d 'être enseignée à l'université.

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La voie du Nagual

Au fait, qu'est-ce que le nagualisme ? C'est une théorie de la connaissance doublée de règles d'action. Action + connaissance, ça donne un système philosophique complet, cohérent et opératif. L'opérativité ? Autre concept castanedien qui mérite un éclaircissement. Est opératif ce qui fonctionne, ce qui obtient le résultat escompté. L'opérativité d'un briquet, c'est d'émettre une flamme. Quand le briquet n'a plus d'opérativité, on le jette. Pourquoi ne pas faire de même avec les systèmes ?


Chez Castaneda, l'opérativité vient du nagual. Autre substantif castanedien, le nagual est à la fois le sorcier qui dirige le clan et le côté gauche du corps (ou l'hémisphère droit du cerveau), c'est à dire notre aptitude à la sorcellerie. Attention, qu'on ne se méprenne pas sur le sens de ce mot. En nagualisme, sorcellerie ne renvoie pas aux bûchers du Moyen-Age, mais plus simplement à nos pouvoirs perdus, ces pouvoirs oubliés qui jadis ont fait de nous des dieux.

Leur absence crée une béance qui laisse l'essentiel de l'humanité exsangue, affamée sur les bords de l'autoroute à péage qu'est la mondialisation. Castaneda voulait ouvrir une autre voie. Une voie royale, à l 'écart des gadgets et des compromissions. Une voie pour les braves. Les adeptes du nagualisme sont en quête de la liberté totale, par la remémoration de l'intégralité de leur vie et l'impeccabilité du comportement. Impeccabilité n'est pas sainteté, loin de là.

Les quatre ennemis

Sur le chemin de l'apprenti, ou du guerrier, les principaux ennemis sont intérieurs, tant il est vrai que le principal obstacle sur ta route, c'est toi-même. Ces quatre redoutables ennemis du guerrier arrivent toujours dans le même ordre, ainsi le veut la Règle. Le premier ennemi à vaincre, c'est la peur. Le second ennemi, c'est la clarté. Le troisième ennemi, c'est le pouvoir. Et le quatrième ennemi, qui tôt ou tard rattrappe le guerrier le plus impeccable, c'est la vieillesse.

Comment un étudiant étasunien est-il devenu le modèle planétaire de toute une génération ? L'histoire vaut d'être contée. Au Mexique, où il cherche des informateurs sur les rites sacrés du peyotl, le jeune Carlos rencontre un sorcier yaqui, Don Juan Matus. Très impressionné par ses pirouettes, Carlos devient son élève. Son premier livre, L'Herbe du diable et la petite fumée surtout consacré au peyotl et à la datura, lui vaudra le titre de Docteur en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1970. Aucune trace aux archives…

Réalité non-ordinaire

 Renonçant vite à ses études, réelles ou supposées, l'universitaire entre en nagualisme. Don Juan, le nagual, dirige un clan de sorciers-voyants qui font vivre à Carlos Castaneda des aventures au-delà des limites ordinaires de notre perception. Initié, selon ses propres termes, à diverses expériences non ordinaires, il les exposera dans de nombreux livres vendus à des millions d'exemplaires : Voir Le Voyage à Ixtlan Histoires de pouvoir Le second anneau de pouvoir


Le don de l 'aigle Le feu du dedans La force du silence... Témoin de la recherche du sacré et de l'élargissement des consciences, le phénomène Castaneda a posé les bases du mouvement new age. Difficile de le réduire à une mode ou une époque : aujourd'hui encore, nombreux sont les chercheurs de vérité qui se servent de ses techniques et de ses trouvailles multiples pour explorer l'infini. L'Herbe du diable, je l'ai dit, est le premier livre de Carlos Castaneda.

Le rôle des drogues

 C'est aussi le seul qui fait état des drogues psychédéliques comme partie intégrante des pratiques magiques des sorciers mexicains. Pourtant, Juan Matus lui révélera plus tard que l'usage répété des substances psychotropes n'était valable que dans son cas précis : "J'ai dû me servir des drogues parce que tu étais trop bouché pour comprendre autrement. Il fallait bien ça pour t'ouvrir la tête. Mais tu es le seul de mes élèves à les avoir utilisées. Les drogues ne servent qu'aux abrutis  comme toi."

Une oeuvre inégale

Journal d'études anthropologiques ou bien suite romanesque, les bouquins de Carlos Castaneda sont d'intérêt variable. En français, Gallimard a publié les seuls qui témoignent d'une maturité et d'une force de conviction de bon aloi. Les autres éditeurs n'ont eu que des miettes, souvent douteuses… Un jour, Castaneda a quitté le chemin qui a du cœur. Le génial auteur a soudain laissé place à un bouffon mytho-mégalo-érotomane, qui ne se soucie plus de tirer ses lecteurs vers le haut, mais plutôt de leur soutirer du pognon.

Voilà pourquoi ses derniers bouquins pourraient s'intituler L'impeccabilité perdue. L'impeccabilité, pour le guerrier ou le sorcier, consiste à faire le mieux possible la tâche qui lui incombe, sans autre considération ni parasitage d'aucune sorte.  En pratiquant cette impeccabilité dans chacun des actes de sa vie quotidienne, le chercheur de vérité reçoit des aides impersonnelles, qui émanent du vivant. Un peu ce que les chrétiens appellent la grâce divine, mais sans dieu.

Impeccabilité, synchronicité





Pour sortir du contexte religieux qui est inapproprié, disons que les aides reçues par le guerrier impeccable s'apparentent à ce que le psychanalyste Carl Jung appelait des synchronicités. Juan Matus les désigne sous le nom générique de pouvoir personnel. L'impeccabilité, pour le chercheur ou le voyant, c'est la condition de toute interprétation du voir, comme de celle des vestiges, des ruines ou des textes anciens. Elle exige la prudence et l'ouverture d'esprit.

L'impeccabilité du chercheur consiste à ne pas projeter dans ce qu'il voit son conditionnement d'homme du 21e siècle. Il doit avancer libre de préjugés, formuler ses hypothèses avec toutes les ressources de son imagination créatrice pour parler comme Bergson, ou de son voir pour parler comme Castaneda, et les valider ou corroborer avec la plus impartiale rigueur. Ce qui représente beaucoup de qualités, dont certaines sont contradictoires.

 Se souvenir que l'impeccabilité n'a rien à voir avec la morale. Un jour, Carlos chemine avec Juan Matus. Soudain l'apprenti ramasse un escargot qu'il dépose à l'abri. Matus s'insurge : jamais un guerrier n'impose son "aide" à quiconque, fut-ce un escargot. Qui sommes-nous pour décider du destin des autres êtres ? En déplaçant cet escargot, Castaneda lui a peut-être volé une victoire. "Je vais le remettre où je l'ai pris", répond l'apprenti penaud. "Non, dit Matus. La bêtise est faite, n'en ajoute pas une deuxième."

A proprement parler, il n'y a pas de dieu ni de morale pour les sorciers, mais un pouvoir aveugle, inépuisable, universel, qui est l'Energie, et un principe impersonnel réactif, l'Intention. Avec son intention propre, le guerrier attire l'Intention impersonnelle, qui fait pleuvoir sur lui des flots d'Energie. L'intention attire l'énergie comme un paratonnerre attire la foudre. Quand il reçoit l'énergie cosmique, le guerrier est relié : il est uni avec le Tout. Alors il accumule coups de pot et synchronicités.

 A chacun de nous d'apprendre à attirer la chance.
Et le moyen, c'est l'impeccabilité. Pas la sainteté.

Nous nous rendons pitoyables
ou nous nous rendons fort.
La quantité de travail à fournir est la même.
Carlos Castaneda


Biographie

Il a écrit douze livres autobiographiques qui racontent son expérience de la sorcellerie sous la conduite du sorcier toltèque Yaqui Don Juan Matus. Ses livres relatent non seulement des éléments autobiographiques, mais constituent le vecteur de l'enseignement chamanique de la tradition toltèque. À l'écoute de son maître, Carlos Castaneda prend note de la leçon initiatique de la culture Yaqui. 

Ses ouvrages connaissant un immense succès, furent l'occasion d'une universalisation de la pensée chamanique. Cependant, le langage éminemment symbolique du chaman toltèque reste particulièrement métaphorique, et l'ethnologue ne sut en déceler ni la structure, ni le système qui en fonde l'ontologie.
Depuis le milieu des années 1980, Carlos Castaneda a transmis un aspect de la connaissance des chamans du Mexique ancien jusque-là inconnu : les Passes Magiques.

La propre vie de Castaneda est mal connue, celui-ci l'ayant entourée, à dessein sans doute, d'une aura de mystère.

Les « mystères » Castaneda

• Mystère sur ses origines

Il a prétendu être né à Sao Paulo, au Brésil en 1931, avoir passé la plus grande partie du début de sa vie en Argentine, avant de se rendre aux États-Unis pour suivre des études d'anthropologie. En fait, les documents du bureau de l'immigration disent qu'il est né à Cajamarca, au Pérou. Sa mère meurt lorsqu'il a 22 ans et son père, César Arana Burungaray, est joaillier. Lui-même suit des cours à l'académie des Beaux-Arts de Lima, puis se lance dans les arts plastiques. Il affirme avoir quitté son pays pour la Californie afin de fuir une Chinoise qui fumait de l'opium. Il a obtenu un doctorat en anthropologie à l'université de Los Angeles en 1970.


• Mystère sur son existence

Innombrables, les personnes qui ont essayé de rencontrer Castaneda. Adresse inconnue, entourage cloisonné, photos interdites (il existe de lui quelques photos et dessins dont l'authenticité est toujours mise en doute). Comment aurait-il pu en être autrement, puisqu'un guerrier est censé être inaccessible ? Quelques très rares interviews, minutiueusement orchestrées, dont le but fut moins le projecteur sur le personnage que la clarification de la doctrine. On essaye alors de l'atteindre par son plan métaphysique (voir Véronique Skawinska, Rendez-vous Sorcier avec Carlos Castaneda). Castaneda restera toute sa vie un fantôme.

• Mystère sur sa mort

Castaneda est mort le 27 avril 1998, dira la presse. Pour préciser plus tard, 'autour du 27 avril 1998'. Une incertitude de 3 jours, un corps qui a disparu, et qu'on finit par retrouver, véritable épisode d'X-files. Le tout annoncé officiellement le 19 juin 1998, un mois et demi plus tard. Un 'fils' entre en scène et serait à l'origine du black-out pour raisons testamentaires. Entre temps, dans la plus grande discrétion et à l'étonnement général, le corps est incinéré, et ses cendres se sont dispersées au-dessus du désert mexicain. Le Los Angeles Times dira qu'il est mort comme il vivait "dans le calme, le secret et le mystère".

Œuvre

Dans ses ouvrages, Carlos Castaneda fait le récit de son initiation par don Juan Matus aux concepts des chamans du Mexique ancien. Il passa plus de dix ans en compagnie du sorcier et de son clan, constitué d'hommes et de femmes tous impliqués entièrement dans la quête d'un but abstrait défini par les « voyants » de leur lignée : la liberté absolue ou la possibilité de conserver intacte leur conscience dans l'au-delà.

Carlos Castaneda décrit son immersion dans le monde de don Juan sur une période de plus de dix ans - période qui trouva son paroxysme dramatique au moment où don Juan Matus et son clan décidèrent de quitter ce monde, laissant derrière eux une nouvelle génération d'apprentis, à leur tour entièrement impliqués dans la quête de la liberté absolue.

Le travail de Carlos Castaneda pour reconstituer la connaissance issue des chamans du Mexique ancien, lui prit plus de dix ans. Le résultat de cet effort de reconstitution et de clarification est à présent connu sous deux formes : ses ouvrages et la pratique de la Tenségrité.

Ses ouvrages font état d'une philosophie (voir ci-dessous) dont l'objet est la quête de la "Connaissance", déterminisme d'ordre ésotérique qui apporterait au 'sorcier' des pouvoirs inconnus au commun des mortels, dont à terme celui de l'immortalité. A la fin de son apprentissage, et conformément à une très antique tradition, consécration qui confirmait la réussite des adeptes, Casteneda doit sauter dans un ravin, selon la trame de l'enseignement du nagual: "Si tu n'as pas réussi à assembler un autre monde avant d'arriver au fond, tu es mort".

Dans le courant des années 1980, Carlos Castaneda et ses collègues, tous apprentis de don Juan Matus, décidèrent de diffuser, pour quiconque était sincèrement intéressé, un des pans de la connaissance des chamans : les « passes magiques ». Selon Carlos Castaneda, ces passes magiques sont la modernisation de « mouvements » découverts et développés par les chamans du Mexique ancien durant des milliers d'années. Ces mouvements furent regroupés par Carlos Castaneda sous le titre Tenségrité, terme issu de l'architecture qui combine les mots tension et intégrité. A sa mort, un nombre important de sociétés commerciales ont revendiqué la légitimité d'enseigner la tenségrité. Le sujet est toujours en pleine polémique.

Authenticité du récit

Une vaste polémique fait rage depuis des décennies sur l'authenticité du récit de Castaneda. Supposée être une autobiographie, et présentée comme telle, de nombreuses voix se sont élevées en criant à l’imposture. L’œuvre ne serait que le roman d’un écrivain facétieux dont la seule qualité serait une imagination illimitée.

Dans les années 1970, Castaneda, considéré comme le messie d'une nouvelle religion, est crédité, au moins en apparence, d’une œuvre naissante cautionnant l’usage des substances psychédéliques, à la manière d'Antonin Artaud, d’Aldous Huxley ou de Thimothy Leary. Des charters entiers décollent vers cette nouvelle Mecque, le Mexique central, à la recherche de Don Juan, son maître à penser et inspirateur. Rien n’y fait, le pays est ratissé pendant des années, l’homme reste introuvable.

Un témoignage de poids viendra alourdir cette présomption de farce. Une femme, se présentant comme l'ancienne compagne de Castaneda, viendra cautionner l’hypothèse de l’imposture (Castaneda, Marguaret Runyan. Voyage Magique Avec Carlos Castaneda, Millenia Press, 1977). Analysé par certains spécialistes de la biographie de Castaneda, le témoignage de cette femme sera finalement considéré comme fébrile, contradictoire, et d’intérêt personnel, laissant la polémique dans son mystère.
Il serait très long d'énumérer tous ses détracteurs, ainsi que tous ses défenseurs. Les éléments restent bel et bien invérifiables, de tous côtés. Les écoles relatives aux enseignements de Castaneda, notamment celles sur la tenségrité, ont proliféré après sa mort. Cette phase commerciale (certains tarifs pratiqués étaient astronomiques) accrédita à nouveau la thèse de l'imposture. Mais les défenseurs ont des arguments de poids ; les stages ne furent qu'une récupération étrangère, à lucrativité assurée, non conformes à l'esprit de l'œuvre car calquées sur un yoga américanisé. Le mystère sur l'authenticité du récit reste entier.

Philosophie

L'oeuvre comprend une philosophie très complexe incrustée dans le récit, et, pour une part importante, totalement inédite (argument majeur des défenseurs de l'authenticité du récit). Curieusement, elle représente une approche protéiforme du monde, qui pourrait tout aussi bien se laisser cataloguer en tant que religion, en tant que philosophie, en tant que métaphysique ou en tant qu'art de vivre. Son semblant syncrétique se désagrége à l'analyse, elle ne se réclame d'aucune religion ni philosophie existante, et pourtant, parmi les notions inédites et inconnues elle rappelle de grands principes bien connus, souvent contradictoires, qu'elle semble parvenir à conjuguer, comme par exemple un nihilisme et un élitisme très nietzschéen au semblant incompatibles avec une rédemption très chrétienne.

• Aspects nihilistes
L'univers est sans Dieu, vide, il n'est constitué que de champs d'énergie, originaire d'une unique source, métaphoriquement appelé "Aigle", dont la conscience humaine n'est qu'une infime émanation. La vie humaine n'est qu'un enrichissement de la conscience dévorée par l'aigle après la mort (voir également Saturne en mythologie grecque et les notions de théosophie "La vie est prêtée").

• Aspects de rédemption
Sous certaines conditions, très précises et parfaitement modélisables, l'homme peut échapper à son destin de voir sa conscience dévorée. Cette unique condition s'appelle "vivre en guerrier" (voir ci-après). Elle correspond à un mode de vie très rigoureux, qui consiste à accumuler une réserve énergétique suffisante pour offrir à l'aigle un placebo, le contourner et ainsi conserver sa conscience sur une durée pouvant être illimitée. Dans ce cas, le guerrier "ne meurt pas".

• Aspects gnostiques et d'élitisme
Il existe un déterminisme supérieur, nommée "Connaissance", inaccessible au commun des mortels. Cette connaissance est cachée (ésotérisme). Un "sorcier" seul peut prétendre y accéder, mais il aura été, auparavant, prédestiné comme tel. Une conscience supérieure, appelée l'Esprit, le désigne comme tel par un ou plusieurs présages. Seul un sorcier expérimenté, appelé, Nagual, peut lire ces présages et reconnaître un futur apprenti.

• Aspects de 'charité' et du désinteressement
Seul un apprenti désigné par l'Esprit peut être formé à acquérir la Connaissance. Toute autre formation est vaine, le Nagual mettrait en danger n'importe qui d'autre que le prétendant naturel, et se mettrait en danger lui-même, les énergies en jeu étant très élevées. Le Nagual est désinteressé (la rémunération n'a aucun sens), bien que cette prise en charge lui soit profitable au sens de la perfectibilité de sa voie de guerrier. Néanmoins, et toujours paradoxalement, n'importe qui peut s'engager, seul, dans la voie de guerrier, s'il est conscient de l'inconfort extrême de cette voie.

• Aspects alchimiques et hermétiques
Bien que vide, l'Univers est pourvu d'une substance neutre, impersonnelle. Elle n'a pas de volonté par elle même, mais un "sorcier" peut la polariser avec son 'intention'. Cette substance est appelée Nagual (homonyme du précédent), et va renvoyer, comme un miroir, l'image solidifiée appelée 'tonal'. Comme en alchimie, la part mâle, sulfureuse, active, va féconder la part femelle, passive, mercurielle. C'est ainsi que les 'sorciers' accomplissent ici-bas des actes prodigieux, des actes magiques.

• Aspects phénoménologiques
La base de la 'sorcellerie' est le mouvement du point d'assemblage. La constitution énérgétique de l'univers peut se décomposer en un nombre quasi-infini de filaments, ayant chacun conscience d'eux-mêmes. Le point d'assemblage permet de se connecter sur certains d'entre eux, créant ainsi notre perception du monde. La position du point d'assemblage d'un homme commun est sensiblement la même pour toute l'humanité. Un 'sorcier' peut bouger ce point pour accéder à d'autres filaments habituellement inaccesibles. Sa perception du monde change, tout en restant parfaitement réelle (pratique nommée 'stopper-le-monde'). Cet art s'appelle "l'art de traquer" ou l'art de la folie contrôlée. A l'extrême, il peut même ne plus assembler les filaments de ce monde pour assembler celle d'un autre.

• Aspects dualistes, non-dualistes et d'unité
L'oeuvre de Castaneda se distingue par une polarité Nagual-Tonal (voir définition ci-dessus). Un homme normal ne connaît que le Tonal, étant éduqué à cette perception, qui se stabilise à l'âge adulte pour devenir sa vision courante de l'Univers. Un 'Sorcier' connaît l'existence du Nagual, structure totalement indescriptible et complémentaire (parviendrait-on à la décrire, elle deviendrait Tonal, voir aussi le Taoïsme). Même indescriptible, le Nagual est un domaine expérimentalement tangible. Un 'sorcier' ne privilégiera pas l'un au détriment de l'autre, mais s'efforcera d'unifier les deux, pour atteindre 'la totalité de soi-même'. A noter que le dualisme conventionnel Bien-Mal, tout comme la moralité, n'a aucun sens chez Castaneda. Sur cet aspect l'oeuvre s'apparente bien aux récits épiques orientaux, comme le Mahabharata, pour lesquelles la notion de bien et de mal est inconnue.

• Aspects démonologiques et de possession

L'enchevêtrement des structures énergétiques de l'Univers occasionne des transferts très pénétrants. La conscience de l'homme se trouve violée en permanence par des incursions étrangères d'énergie, ressenties comme changements humoraux plus ou moins puissants, appelées 'êtres inorganiques', la plus virulente étant "l'ombre", entité obscure capable de substituer sa conscience à la nôtre, pour exacerber le pire ennemi du 'sorcier', sa propre auto-contemplation, et se nourrir de ses effets funestes. Certains sorciers parviennent à contrôler ces énergies étrangères, et en font leur 'allié'. Même si l'alliance avec les êtres inorganiques est déconseillée, la composition avec eux est incontournable, car ce sont eux qui apportent l'énergie dont nous avons besoin. Ils agissent sur un homme normal alors qu'il croira agir de sa propre volonté. Le 'sorcier', conscient de la présence furtive de l'énergie étrangère, la capte, mais conserve sa propre volonté. Ce procédé, consécration d'un "homme de connaissance", est appelé "l'ultime art de traquer".

• Aspects d'immanence et de déterminisme

Bien que l'objectif du 'sorcier' soit la liberté absolue, il n'en demeure pas moins que le travail visant à l'acquérir s'effectuera dans un ensemble de règles très précises, formant un tout homogène et cohérent appelé 'Voie du guerrier' (voir ci-après). En outre, cette voie présuppose la détermination d'un objectif, prenant impérativement en compte la Nature du guerrier, c'est-à-dire l'ensemble de ses prédispositions (on notera la forte similitude avec toute la littérature orientale antique, notamment le mahabharata, où le Dharma, la Nature d'un individu, constitue le principe fondateur). Castaneda nomme ce déterminisme "La voie du cœur".

• Aspects divinatoires

Ayant acquis la capacité à bouger son point d'assemblage, un 'sorcier' peut avoir le pouvoir de percevoir son environnement sous sa forme énérgétique. Cette perception ne se fait pas avec les yeux, mais avec le corps, qui doit être, comme condition nécessaire, sans être suffisante, en excellente santé. Cet acte s'appelle 'voir'. Par ce procédé, Don Juan arrive tout au long de la formation, à connaître l'état émotionnel de Castaneda, mais aussi les traces de son passé. 'Voir' est utilisé par les 'sorciers', par simple focalisation, pour connaître des personnes ou groupes de personnes déterminés, des étapes d'histoire, reconnaître des lieux bénéfiques ou maléfiques, ressentir le danger ou l'aspect favorable d'une situation. A la fin de son apprentissage, Castaneda va 'voir' les sorciers anciens, race totalement disparue, et va finir par les rejoindre malgré les avertissements répétés de Don Juan.

Pragmatisme et voie du guerrier

• La détermination de l'objectif

Il existe une phase très ingrate de l'apprentissage où l'élève n'est plus un homme commun, mais pas encore un sorcier. Il a dépassé les valeurs conventionnelles du monde, qui n'ont plus de sens pour lui, mais n'a pas encore atteint les prémisses de la connaissance. Cette phase est pour lui particulièrement dangeureuse et déroutante.

"Un guerrier sélectionne les éléments qui constituent son monde, car chacun des éléments constitue un bouclier [...] Les gens sont affairés à faire ce que les gens font, voilà leurs boucliers [...] Maintenant, pour la première fois, tu n'est plus à l'abri dans ton ancien mode de vie" (Cf 'a separate reality'). Il y a donc nécessité vitale d'assembler un nouvel ordre de valeurs. Ce processus, le guerrier va le trouver au sein de sa propre nature.

Le processus des 'sorciers' est donc de reboucher la trouée (dans laquelle s'engageait la mort dès son ouverture), par une réorganisation basée sur 'la-voie-qui-a-du-cœur', afin d'éviter cette ouverture au néant: « Un simple coup d’œil sur l’éternité qui se trouve à l’extérieur du cocon suffit à perturber le confort que nous procure notre inventaire. La mélancolie qui en résulte peut engendrer la mort ». L'objectif premier, en tant que réorganisation du bouclier, n'est que la protection indispensable lorsque le 'sorcier' considère le tonal, et désire le transcender.

Il existe cependant, au-delà de cette réorganisation, un objectif ultime et irrationnel, inconcevable par représentation, mais dont l'acquisition est pourtant indispensable pour l'accession à la connaissance. Cet objectif, appelé 'noyau abstrait', est partie d'un patrimoine mythique; Expérimenter ce patrimoine est la seule façon de parvenir au but ultime des 'sorciers', le maniement de "l'intention", domaine pour lequel la transmition orale était totalement inadaptée. On dit alors que le guerrier possède un 'objectif abstrait'

• Les déterminants de la voie du guerrier

La pierre angulaire de tout le "système Castaneda" consiste en une gestion draconnienne de sa propre énergie. "L'ombre", le pire prédateur de l'univers, nous prête, à notre insu, sa conscience pour nous faire faire des actes destinés à exacerber notre auto-contemplation, qui va générer nos sursauts énergétiques dont se nourrira l'entité. La vie d'un individu normal consiste tristement à se vider de son énergie toute sa vie dans des combats fallacieux (qui, comble de tout, pourront être faussement interprétés comme "actes guerriers") par le biais de son auto-contemplation qui sera le canal de cette fuite énergétique (on notera à ce sujet la similitude flagrante avec le logion 101 de l'évangile de Saint Thomas: " Le Royaume du Père est pareil a une femme qui porte un vase plein de farine et qui s'en va par un long chemin. L'anse du vase s'est brisée: la farine s'est répandue derrière elle sur le chemin sans qu'elle le sache et sans qu'elle sache y remédier. Lorsqu'elle est arrivée à sa maison, elle a posé le vase et elle a trouvé qu'il était vide")

L'acte guerrier consiste en premier lieu à endiguer cette fuite énergétique, en considérant l'auto-contemplation comme le pire ennemi (Les religions orientales stipulent que si un acte doit être parfait, il ne faut pas s'attacher aux fruits de l'acte - l'originalité de Castaneda est d'en évoquer les raisons: elles ne sont pas morales, mais pragmatiques). Castaneda raconte comment un adepte, même mourrant quand son Nagual l'a découvert, ayant gaspillé à outrance toute son énergie dans une vie dissolue, a pu in-extremis en sauver la part résiduelle.

Le monde ambiant étant source de dispersion, le guerrier doit aborder ce monde en suivant des déterminants très précis:

1/ Le processus de validation du consensus particulier
Le processus mis en place par Don Juan consistait à isoler des perceptions de la vie ordinaire pour établir des corrélations avec les états de conscience modifiés. La perception de la réalité ordinaire migre vers une perception spécifique et personnelle. Cette vision est nommée pour la circonstance "stopper-le-monde". Ce mouvement vers le consensus particulier qui, à terme, permet l'abandon de la perception habituelle pour accéder aux fibres lumineuses habituellement hors du champ couvert par le point d'assemblage.

• Les rapports à la drogue

Le premier livre de Castaneda (l'herbe du diable et la petite fumée) fait état d'une voie de connaissance nécessitant la consommation d'un certain nombre de drogues. L'idée était d'acquérir la maîtrise d'un stade donné de la voie en créant des rapports privilégiés avec l'allié le mieux à même d'enseigner sur ledit stade. L'allié, contenu dans la drogue (par exemple datura inoxia ou psilocybe mexicana), devenait momentanément professeur particulier.

Les défenseurs de la consommation, modérée ou non, de substances psychédéliques, y ont immédiatement vu le nouveau messie de leur pratique, cautionnant par une doctrine extrêmement cohérente leur idée originale, l'absorbsion de drogues en vue d'une voie de libération. Timothy Leary avait eu raison, et Woodstock avait bien été pressentie comme une voie prometteuse.

L'analyse appronfondie de l'oeuvre montre qu'il n'en est rien. Si la pierre angulaire de l'enseignement est le mouvement du point d'assemblage, il est aussi fait état de la prédisposition personnelle à cette fin. Certains 'sorciers', et notamment la plupart des 'sorcières', possèdent les capacités naturelles a effectuer ce mouvement.

Castaneda a toujours été vu par son maître, Don Juan, comme étant 'bouché'. La prise de drogues fut l'ultime recours pour lui faire bouger son point d'assemblage, quasi-indélogeable, c'est-à-dire qu'il lui était impossible de sortir de la petite vision de son petit monde. Les substances psychédéliques ne lui furent administrées qu'en début de formation, et à titre exceptionnel, de façon à lui faire percevoir des potentialités qu'il ne pouvait imaginer, et encore moins accepter. Don Juan expliquait qu'elles étaient dangereuses pour le corps, et qu'une excellente santé du corps était indispensable, notamment pour "voir".

L'essentiel de la formation s'est passée sans utilisation de drogue. La nécessité d'une parfaite lucidité est d'ailleurs soulignée tout au long de l'oeuvre. Après cette phase psychotrope, l'accès à la 'conscience du côté gauche' (nom donné à l'état de conscience accrue, atteint précédemment par la drogue) se fait par un 'coup' dans le dos, donné par Don Juan (pris comme tel; on apprendra par la suite que ledit coup ne l'aura jamais touché physiquement et qu'il s'agissait en fait d'une secousse au corps énergétique). A un stade plus avancé de la formation, Castaneda finira par 'basculer du côté gauche' sans aucune intervention extérieure.

Stopper le monde est la chose la plus évidente et à la fois la plus inimaginable. 


Tout dépend du regard qu'on y pose. Tout dépend si on essaie d'y parvenir ou si on y parvient. Tout dépend de ce qui nous arrive quand le monde est stoppé.

Dans la formation de Carlos Castaneda pour devenir un guerrier de l'Esprit ou Nagual, l'apprentissage du voir était un point capital, que Carlos, pour des raisons personnelles, a eu bien du mal à parfaire. Or, sur le chemin du voir, le guerrier doit d'abord apprendre à stopper le monde. C'est la première porte, la première rencontre avec le gardien du seuil. Un jour, dans la vie du guerrier de l'Esprit, le monde s'arrête. Alors il peut découvrir l'infini, "cette immensité là-dehors".



Je voudrais que la terre s'arrête 
pour descendre
Serge Gainsbourg



Stopper le monde constitue le premier acte du guerrier sur le chemin d'apprentissage. L'homme ordinaire se contente du monde ordinaire, qui repose sur un consensus. Depuis la naissance, chaque être humain donne implicitement son accord pour assembler ce monde ordinaire, gris et galère, où l'on s'ennuie. Il existe pourtant une infinité d'autres mondes possibles; chacun de nous possède en lui la possibilité de s'y rendre.

"Notre réalité n'est qu'une description parmi beaucoup d'autres." (source)

Il existe d'autres mondes au-dedans de celui-ci
La frontière est intérieure et le temps s'arrête ici
Stéphane Kervor

Pour parvenir à stopper le monde, Carlos Castaneda a dû absorber des kilos de mescalito et de petite fumée parce qu'il était particulièrement bouché. Certains ont besoin d'ayahuasca ou de dizaines de sweatlodge pour, l'espace d'un instant fugace, stopper le monde et voir. D'autres sont tombés dans la marmite quand ils étaient petits. Ceux-là n'ont besoin d'aucune potion pour voir. Et ils comprennent très vite comment stopper le monde. Leurs auras sont inédites.

Le guerrier sans passé


Leurs auras sont indigo, cristal ou arc-en-ciel. Leurs corps subtils sont équipés de dispositifs, sortes d'organes externes en compléments de chakras énormes et très actifs. Quels miracles feront-ils quand ils sauront utiliser leurs pouvoirs ? Ces êtres-là grandissent vite. Ils vont changer l'avenir de cette planète. La plupart d'entre eux seront à pied d'oeuvre fin 2012. D'ici là, apprenons à stopper le monde avant qu'il ne s'emballe. La première étape consiste à effacer son histoire personnelle.


"Tu ne vas pas être si facilement capable de t'arrêter.
Je sais que tu es têtu, mais cela importe peu.
Plus tu seras têtu, meilleur tu deviendras
quand tu auras enfin réussi à changer." (source)

Devenir invisible. Insaisissable. Fuir ceux qui nous connaissent, car ils nous fixent dans l'ancien monde. "Tu es obligé de renouveler ton histoire personnelle en racontant à ta famille et à tes amis tout ce que tu fais. Par contre, si tu n'as pas d'histoire personnelle, il n'y a pas une seule explication à fournir à qui que ce soit, personne n'est déçu ou irrité par tes actes. Et surtout, personne n'essaie de te contraindre avec ses propres pensées." (source) Bien sûr, Castaneda regimbe.

Le sacrifice lui paraît trop lourd pour un bénéfice trop illusoire. Son benefactor hurle de rire, et lui explique gentiment. "Toi, par exemple, tu ne sais pas quoi penser de moi parce que j'ai effacé ma propre histoire. Petit à petit, autour de moi et de ma vie, j'ai créé un brouillard. Maintenant personne ne peut savoir avec certitude ce que je suis ou ce que je fais." (source) Mais Castaneda ne supporte pas que quiconque, fût-ce son benefactor, modifie sa ligne de conduite.

A ce point de son évolution, l'élève est encore possédé par son ego, "rempli de merde" selon la forte expression de Juan Matus. Il ne peut se rendre compte à quel point sa ligne de conduite est aberrante, obérée par ses engrammes ou par leurs fantômes, risible aux yeux du benefactor qui doit faire de grands efforts pour dissimuler son hilarité. Nous sommes tous pleins de merde, nous passons toutes par les mêmes ornières, nous nous faisons toutes pièger aux mêmes coulées...


Le guerrier sans importance


Castaneda finit par se vexer. "Tu te prends trop au sérieux, dit don Juan. Tu es sacrément trop important, au moins d'après l'idée que tu te fais de toi-même. C'est ça qui doit changer ! Tu es tellement important que tu peux te permettre de partir lorsque les choses ne vont pas à ta guise. Tu es tellement important que tu crois normal d'être contrarié par tout. Peut-être crois-tu que c'est le signe d'une forte personnalité. C'est absurde ! Tu es faible, tu es vaniteux." (source)

A plusieurs reprises, Juan Matus reviendra sur l'obligation de perdre sa propre importance. C'est le corollaire direct du point précédent. Quand le guerrier n'a plus de passé, il n'a pas trop de mal à perdre sa propre importance, en changeant le regard qu'il porte sur lui-même. Quand on découvre l'infinité des mondes possibles, notre importance en prend un coup. Quand on découvre la complexité des merveilles de l'au-delà, comment resterait-on bouffi d'orgueil ? L'étape suivante, d'ailleurs, va nous amener à l'humilité. Pas le choix.




La mort pour guide

"La mort est notre éternel compagnon. Elle est toujours à notre gauche, à une longueur de bras." (source)Castaneda sursaute: il vient de voir sa mort. "Lorsque tu t'impatientes, tourne-toi simplement vers ta gauche et demande conseil à ta mort. Tout ce qui n'est que mesquineries s'oublie à l'instant où la mort s'avance vers toi, ou quand tu l'aperçois d'un coup d'oeil, ou seulement quand tu as l'impression que ce compagnon est là, t'observant sans cesse." (source)

A partir de là, on devient passant. On recherche les lieux de pouvoirs, les portes vers d'autres mondes. Peu à peu, on se rend inaccessible, on s'efface pour être disponible au pouvoir. On va le chercher dans la nature sauvage, au crépuscule, sur une colline amie où souffle le vent. "Au crépuscule, il n'y a pas de vent. A cette heure du jour, il n'y a que du pouvoir." (source) On apprend la marche de pouvoir, la vision nocturne qui permet de courir dans le noir, sans trébucher sur aucun obstacle. La pratique rend cette marche sûre et fluide, en laissant faire le corps.

Responsabilité totale

Notre corps sait beaucoup de choses dont nous n'avons pas été informé. Il est bon et rassurant de l'écouter, il sait. Le guerrier a déposé les armes, il a les mains vides et la tête aussi. Voyageur sans bagage sinon sans étoile, le voici passant. Il assume la totale responsabilité de ses actes, c'est le minimum. Les sorciers du Nagual vont au-delà : ils assument aussi l'entière responsabilité de tout ce qui leur arrive. Ils ne disent jamais : "je n'ai pas de chance" mais toujours "merci". Ils n'attendent rien. Ce qui leur arrive est toujours le mieux. Ils ont la maîtrise de leur vie comme peu d'êtres, en même temps ils acceptent et assument avec humilité la totalité surhumaine de la Règle, leur seul guide dans "cette immensité là-dehors".

"Il n'existe qu'une seule chose de mauvaise en toi :
tu crois que tu as l'éternité devant toi."
Carlos Castaneda

Castaneda n'est pas un apprenti facile. Du coup, Juan Matus doit lui faire subir toutes sortes d'exercices qui sont, pour le lecteur, de magnifiques instructions, précises et reproductibles. Ainsi, pour lui apprendre à pratiquer le "ne-pas-faire", il lui montre comment se faire, sur une butte, un lit de ficelles. Ceux qui l'ont essayé vous en diront le plus grand bien. On flotte, toutes les sensations et perceptions sont incroyablement aiguisées. Et le corps se souvient de cette technique ancienne que Juan Matus nomme :

Ne-pas-faire

"Ne-pas-faire est très simple mais excessivement difficile. Le point n'est pas de le comprendre mais de le maîtriser. Voir est bien sûr le couronnement final d'un homme de connaissance, et voir ne s'obtient que lorsqu'on a stoppé le monde par la technique du ne-pas-faire." (source)Bien sûr, Castaneda n'y comprend rien, et nous non plus. C'est inutile. Il suffit de le faire. Et ça, notre corps le sait. Mais notre mental veut tout expliquer, tout comprendre ! Quel orgueil il y a chez ce petit roitelet !!

Depuis notre enfance, on nous à appris à faire. C'est ce faire de tous les humains, mis bout à bout, qui assemble ce plan étriqué que nous appelons le monde. Ne-pas-faire, c'est cesser de considérer toute chose comme allant de soi, ainsi qu'on nous a appris à le faire. Il faut défaire nos sensations, défaire les objets familiers, défaire ces illusions qui constituent le monde du faire. Alors, soudain, ce monde fabriqué s'écroule. Le guerrier a stoppé le monde. Il voit.

A présent, il doit resserrer sa vie, la rendre compacte.
Alors seulement il pourra rêver.

"Un guerrier traite le monde comme un mystère infini,
et ce que les gens font comme une folie sans bornes"


Carlos Castaneda

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